Analyse | Inexpérimenté, mais inspiré
Il aurait été facile pour le Canadien de se laisser aller au découragement. En deux semaines et demie, avant l’arrêt des activités de la LNH, l’équipe a saccagé tout l’immense travail abattu pour se replacer dans la course aux séries éliminatoires. Huit défaites en neuf matchs avant la Confrontation des 4 nations et les joueurs ont quitté l’arène la tête basse, vidés. David Savard admettait même qu’ils avaient tous besoin d’une pause mentalement. Il n’aurait pas été si surprenant de voir le CH s’écraser au retour. Et c’est pourtant fort d’une troisième victoire d’affilée, celle-là de 4-3 en prolongation contre les Sharks de San José, que le Canadien a quitté le Centre Bell jeudi soir. Il n’a que très peu progressé au classement entretemps cela dit, d’un seul petit point, en fait, passant d’un retard de six à cinq, mais il s’accroche. Avec ses moyens parfois…limités. Face à la pire formation du circuit, le CH a offert une pléthore de chances de marquer de qualité, souvent façonnées par leurs propres errances. Quinze selon nos amis de Natural Stat Trick, 20 selon un décompte maison de Radio-Canada. Un revirement d’Alex Newhook par-ci, une couverture ratée de Lane Hutson par-là, une (ou plusieurs) mauvaise lecture de jeu d’Arber Xhekaj pour compléter le tableau : ç’a n’a pas toujours été joli, joli. Mais on a trouvé une manière, dans un match imparfait, d’aller chercher deux points. C’était important […] Je suis content du résultat. Et le résultat importe. Bien plus qu’avant. Quand Xhekaj, qui a peiné pendant tout le match, a été à l’origine du troisième but des Sharks en fin de deuxième période, sa soirée de travail s’est achevée. St-Louis a assuré avoir eu l’intention de le renvoyer sur la glace, ce qui est probablement vrai comme le prouve sa présence de trois secondes avant que les arbitres décernent une punition aux Sharks. Mais ce n’était qu’anecdotique. Son match était terminé. On a aussi cru que celui de Josh Anderson l’était vers la fin du deuxième engagement, pour d’autres raisons. L’ailier a, pour un deuxième match de suite, percuté la bande, mis une éternité à se relever et est resté plié en deux au banc de son équipe pendant quelques minutes. Or, le buteur de Burlington était de retour à son poste au début de la troisième. À sa première présence, il a frappé durement Marc-Édouard Vlasic, bloqué un tir du défenseur québécois et est allé renverser Timothy Liljegren à l’autre bout de la patinoire, comme s’il amorçait un septième match de séries éliminatoires. À le regarder jouer, il est difficile de croire qu’il s’agit du même homme que l’an dernier. À l’époque si pâle, éthéré presque, à se flageller encore et encore pour son mauvais rendement, les yeux fixés sur le plancher. C’est une autre version que ses coéquipiers ont sous les yeux, une version inspirante. Le 19 janvier, Anderson est entré en collision avec Arthur Kaliyev des Rangers de New York et son genou, épris de liberté, a souhaité prendre une direction que le reste de son corps n’approuvait pas. Il ne s’entraîne pratiquement plus jamais sur la glace depuis ce temps, pas même lors des exercices plus légers les matins de matchs, mais il n’a pas manqué une seule rencontre. Diantre, il n’a presque pas manqué de présences, tout court. Et ça fait son petit effet sur le groupe. Voyez plutôt. Nick Suzuki n’est pas en reste. De fait, pour inspirer ses collègues, il sait s’y prendre. Lui aussi en apparence un peu essoufflé avant la pause – il n’avait amassé qu’une passe en cinq matchs – est apparu revigoré. Est-ce les bienfaits des vacances? Est-il mû par la frustration d’avoir été ignoré par la sélection canadienne pour le tournoi? Toujours est-il qu’il vient d’enchaîner trois matchs de deux, trois et trois points respectivement. Son total de 3 buts et 5 passes constituent un sommet dans la ligue depuis la reprise, à égalité avec Matvei Michkov, dont vous connaissez peut-être le nom. Jeudi, il a créé l’égalité à deux reprises en première période et a préparé le magnifique but gagnant de Cole Caufield en prolongation. Nick Suzuki (no 14), Cole Caufield (no 13) et Lane Hutson (no 48) Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes Suzuki n’a jamais été le plus bavard, il n’a pas la réputation de l’être derrière les portes closes non plus. N’empêche que son ascendant sur le groupe semble croître d’année en année et son jeu s’améliore au fur et à mesure. Lequel nourrit l’autre? Les bonnes performances engendrent le leadership? À moins que ce ne soit l’inverse. Peu importe, ceux qui le voient à l’œuvre ont un bon exemple sous les yeux. Ça vaut autant pour Hutson qui a connu un match en demi-teinte défensivement, mais s’est battu pour se reprendre et faire une différence. Tout comme Owen Beck, envoyé solidement au tapis à deux reprises, coupable d’un mauvais positionnement lors du deuxième but des Sharks, mais récompensé pour son acharnement avec un premier point dans la LNH lors du but égalisateur de Newhook. Ç’a été dit partout et par tous après le match : ce n’était vraiment, vraiment pas parfait. Trop de prestations du genre et le Canadien signera son arrêt de mort. En attendant, l’équipe table encore sur un petit quelque chose qui, paraît-il, peut soulever des montagnes. On arrive au mois de mars et le CH s'apprête à y disputer des matchs significatifs. C’est toujours ça de pris.Notre bon était excellent, mais notre mauvais était bien mauvais. On était aux deux extrêmes. Je crois [qu’il y a un peu d’immaturité]. On a forcé des choses, notre risque était trop élevé
, a estimé Martin St-Louis.C’est un guerrier, les gars le voient, ils le savent. Ils savent ce qu’il traverse et il inspire beaucoup nos joueurs cette année depuis le début de la saison par son éthique de travail et son attitude
, a lancé St-Louis.Je le connais depuis longtemps et il va continuer tant que [les médecins] ne lui diront pas d'arrêter. C’est ce que ça te prend si on veut se rendre en séries. On a besoin de tous les gars. Il mène la charge
, a laissé tomber David Savard, son coéquipier de longue date avec le CH et les Blue Jackets.Chaque fois qu’il tombe comme ça, je pense que c’est terminé et il revient pareil une présence plus tard […] C’est impressionnant honnêtement. Il est magané, mais ne manque pas un match. C’est ça que tu veux dans la chambre : des coéquipiers qui vont à la guerre chaque soir, même lorsqu’ils ne sont pas à 100%
, a ajouté Alexandre Carrier.La part du capitaine

La foi a toujours été là
, a conclu Martin St-Louis.
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